RÉCOLTE LE PREMIER MAILLON DE PRODUCTIVITÉ

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L’optimisation du fonctionnement d’un outil industriel passe par la maîtrise de son approvisionnement. Afin d’assurer une marche de l’usine la plus régulière possible, les récoltes des parcelles de luzerne sont réalisées en continu souvent 24 h sur 24. Côté logistique l’objectif est de limiter le stock de produits verts à quelques heures pour éviter qu’elle perde ses propriétés. Côté énergie et environnement, le but est d’apporter sur le carreau un produit le plus sec possible sans dépasser toutefois les 70% de matière sèches. Du début à la fin de la campagne, la gestion des plannings de fauche est le socle de toute l’organisation d’une usine de déshydratation, elle doit assurer l’approvisionnement des outils industriels, fournir les qualités requises pour chaque gamme de produits , tout en tenant compte de l’agronomie de la culture,

C’est à chaque coupe la recherche d’un compromis entre quantité et qualité, mais aussi la nécessaire optimisation de la logistique et de la teneur en matière sèche. Autant de facteurs qui nécessitent d’organiser les chantiers en :

  • tenant compte de l’état de végétation et du rendement au démarrage de la campagne
  • tenant compte des conditions météorologiques.
  • préservant la pérennité des parcelles de luzerne, en particulier en conditions humides pour les parcelles de première année (pour éviter les tassements de sols).
  • Maitrisant les délais entre la fauche l’andainage et la récolte.

Dans une usine, en moyenne, 50 % des salariés travaillent pour la plaine (chauffeurs, entretien) et 50% à la déshydratation proprement dite.

LA CONNECTIVITÉ POUR ALLER PLUS LOIN DANS L’OPTIMISATION DES CHANTIERS

Un constructeur propose aujourd’hui une application sur smartphone ou tablette qui permet au chef de plaine de contrôler et piloter tous ses chantiers à distance et en temps réel en connaissant la localisation et le contour des parcelles, l’avancement des chantiers (toutes les 5 mn), l’état des tracteurs pour l’entretien, la productivité des chantiers. Les avantages sont nombreux : optimisation des ravitaillements en carburant, optimisation des consommations, localisation instantanée du tracteur… Les chauffeurs quant à eux bénéficient dans leurs tracteurs d’une tablette avec leurs plans de coupe. Demain, un boitier de liaison inter systèmes permettra de connecter tout le parc quelles que soit les marques et franchir ainsi un nouveau pas dans la productivité.

En général, les luzernes de première année sont récoltées après les plus anciennes. Ceci permet aux plantes issues des semis d’un an d’achever le développement de leur système racinaire qui est aussi l’organe de réserve qui assurera leur pérennité. Les intervalles de coupe sont de l’ordre de 40 à 50 jours, ils varient en fonction des conditions de végétation et des qualités de luzerne recherchées en réponse aux différents cahiers des charges.

Les parcelles coupées précocement donnent des luzernes de haute valeur protéique et énergétique, elles pourront subir une coupe supplémentaire ou être libérées plus tôt à l’automne pour l’implantation d’un blé. A l’inverse les luzernes coupées en cycle plus tardif seront destinées à la production de balles de luzerne en brins longs avec pour principal objectif : la teneur en fibre.

La récolte de la luzerne s’effectue en 3 étapes :

  • La fauche à plat avec des faucheuses à disques
  • L’andainage avec des andaineurs à tapis
  • La récolte avec des ensileuses

La fauche à plat permet d’augmenter la dessiccation naturelle en répartissant le fourrage sur toute la surface du sol pendant environ 24 h afin de gagner de 10 à 40 % d’humidité supplémentaire. La fauche à plat s’effectue avec des faucheuses trainées ou poussées sur des largeurs allant jusqu’à 9 m (voire même 13 m), à une vitesse entre 10 et 20 km/h ce qui donne des rendements de l’ordre de 15 ha par heure. L’andainage s’effectue avec des andaineurs à tapis qui sont préférés aux andaineurs à toupies trop agressifs pour la luzerne (les feuilles sont émiettées et tombent au sol). Pour l’ensilage, plusieurs techniques existent. Jusqu’ici le mode le plus répandu est l’ensileuse à sellette qui ramasse et projette la matière dans une remorque attelée, par l’avant de la remorque. Avec un inconvénient majeur : il faut sans cesse atteler et dételer d’où une perte de productivité. Dans les années à venir, des ensileuses automotrices type maïs ou graminées devraient progressivement les remplacer. Elles projettent la matière par le côté dans des bennes.

Ces bennes pouvant être tractées par des engins routiers ou agricoles. Les avantages du tracteur agricole sont sa polyvalence et sa simplicité de maintenance (pas de passage aux Mines). Un troisième système pourrait se développer à plus long terme, la remorque autochargeuses qui offre l’avantage de réduire les pertes de matière. Mais il faudra pour cela que la longueur des brins soit très régulière. Deux types de conditionnement enfin coexistent aujourd’hui. Le fléau et le rouleau. Le rouleau a la réputation d’être moins agressif pour la plante. Il écrase la luzerne sans la broyer. Mais il a comme inconvénient une moindre productivité (vitesse d’avancement) et des coûts d’entretien plus élevés (de grosses masses en mouvement). Le fléau, très utilisé par ailleurs pour les fourrages type graminées, est réputé certes plus agressif pour la luzerne en occasionnant des pertes en feuilles donc en protéines. Toutefois, une nouvelle génération de fléaux, développée avec le concours d’industriels de la luzerne permettent de par leur montage inversé et leur possibilité de réglage (inclinaison et vitesse) de s’affranchir de ce défaut. Le fléau retrouve alors ses qualités : capacité à pincer la tige ce qui favorise sa dessication au champ, simplicité (une seule pièce en mouvement) donc fiabilité.

Côté transport, l’équation se pose en termes de volume et non de poids. Les professionnels maintenant réfléchissent à des bennes plus longues ou expérimentent des bennes à fond poussant pour comprimer le produit ou à fond mouvant pour augmenter la capacité (90m3).

PROTÉGER LA FAUNE SAUVAGE

Minimiser les dégâts sur les gibiers et la faune sauvage est une préoccupation de la filière. La luzerne est en quelque sorte victime de son succès puisqu’elle héberge plus d’animaux que les cultures voisines. En concertation avec les chasseurs et des ong de protection de la nature, ils ont adopté des plans de fauche qui minimisent les destructions potentielles. La parcelle est d’abord détourée sur 3 côtés à vitesse réduite, sachant que 70% du gibier se trouve en bordure dans les 20 premiers m.

LE CHANTIER TYPE POUR UNE PLAINE DE 3800 HA (EXEMPLE DE LUZEAL)

Les usines de la coopérative déshydratent du lundi matin 5h au dimanche matin 5h sans s’arrêter. En 1ère coupe, pour passer la pointe de production, l’activité peut être maintenue 7 jours sur 7. Une bonne organisation des chantiers est stratégique pour le fonctionnement optimal des usines. Il faut qu’elle soit approvisionnée en continu sans que la luzerne soit stockée trop longtemps sur le carreau (ou elle perdrait de ses qualités en s’échauffant) et sans rupture bien évidemment, les fours ne pouvant être arrêtés intempestivement ni tourner à vide. Les différents chantiers de plaine tournent ainsi :

1. L’ORGANISATION

7/7 jours pour la fauche et l’andainage. Les samedis et dimanches servent à faire l’avance pour le lundi matin soit de 50 à 250 ha d’avance correspondant selon la météo de 0,5 à 3 jours de préfanage

Du lundi 5h au samedi 21h pour la récolte à raison de 90 à 130 ha par jour.

2. LE MATÉRIEL

Fauche
1 tracteur de 320 CV avec une faucheuse Claas de 9 mètres en 3 éléments + en complément pour renforts ponctuels 1 tracteur de 300 CV (en conduite inversée avec une faucheuse frontale ROC 7 m..

Andainage
2 tracteurs de 140 CV + andaineurs de 9.5 m.

Récolte
2 ensileuse CMC de 600 CV à sellette et, en condition météo favorable : 1 ensileuse Claas Jaguar 970 de 775 cv

3. LE PERSONNEL

L’organisation du travail de la fauche et de l’andainage est en 2X9 h pour permettre une adaptation en continu de l’avance d’andainage par rapport à la fauche et d’assurer l’avance en andains avant l’ensileuse. La récolte s’effectue quant à elle en 3x8h.

Par poste de 9h
3 faucheurs-andaineurs en fonction de l’avance (ex 2 faucheurs et 1 andaineur ou 1 faucheur et 2 andaineurs)
Par poste de 8h
2 récolteurs pour ensileuse à sellette ou 1 pour ensileuse conventionnelle. 3 à 7 chauffeurs de camions en fonction de l’éloignement du chantier de récolte de l’usine.