BIODIVERSITÉ UNE SECONDE NATURE POUR LA LUZERNE

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Implantation sans labour, couverture permanente du sol pendant 3 à 4 ans, quasi absence de traitements phytosanitaires, fleurissement au moins partiel 4 fois par an, la luzerne a tout du refuge idéal pour la micro et surtout la macro faune dans le concert des grandes cultures céréalières. Encore faut-il pouvoir en mesurer objectivement les effets. C’est la raison pour laquelle Coop de France Déshydratation a initié dés 2009 un ambitieux programme de gestion différenciée des parcelles de luzerne, en expérimentant, sous l’égide du Museum National d’Histoire Naturelle, la non récolte, lors de chacune des 3 à 4 coupes annuelles, d’une bande de 7m de large, correspondante à la largeur de la barre de coupe des faucheuses utilisées pour la récolte. Le but étant de permettre à la luzerne d’accomplir son cycle jusqu’à la pleine floraison dans ces bandes, et ainsi de favoriser la biodiversité.

Cette démarche a fait l’objet d’un suivi scientifique portant sur plusieurs indicateurs de la biodiversité ordinaire présente dans les milieux de grande culture : oiseaux, papillons de jour, abeille domestique, chiroptères et orthoptères. Le suivi a eu lieu sur 15 sites, en régions Champagne-Ardenne et Haute-Normandie. Le principe de cette évaluation de l’impact de ce mode de récolte différencié des luzernes consistait à suivre ces différents indicateurs dans des parcelles de luzerne recevant cette gestion différenciée, dans des parcelles de luzernes témoin gérées classiquement, et dans des parcelles de blé d’hiver elles aussi gérées conformément aux itinéraires techniques locaux habituels pour cette culture. Plusieurs associations locales de protection de la nature ont été associées à cette expérimentation notamment la Ligue de Protection des Oiseaux, le Réseau Biodiversité pour les Abeilles, l’association Nature du Nogentais, le Pays de Soulaine.

Les résultats ont été validés par le Muséum National d’Histoire Naturelle permettent d’affirmer que la luzerne « présente des intérêts marqués pour la biodiversité ». (voir l’intégralité des résultats de l’étude sur www.bodiversite-luzerne.org). Depuis 2010 les coopératives entretiennent un réseau d’une centaine de parcelles d’expérimentation et de démonstration réparties sur leur territoire.

Pour les papillons, on observe un effet très positif de la bande non fauchée, à la fois pour la richesse spécifique et l’abondance des populations. Ces bandes constituent une ressource alimentaire en nectar très fortement exploitée par les papillons adultes tout au long de la saison, et plus particulièrement en fin de saison quand les autres ressources nectarifères viennent à se raréfier dans le paysage. En aidant les papillons à trouver plus facilement des quantités importantes de nectar, ces bandes contribuent à une meilleure santé, et donc indirectement à une meilleure reproduction de nombreuses espèces. Cet effet sur la reproduction est même direct pour les espèces dont la chenille peut se nourrir de luzerne.

Concernant les oiseaux, plusieurs observations ont mis en évidence que les bandes de luzerne non fauchées permettaient à des nichées d’être sauvées de la destruction mécanique liée au passage de la faucheuse, et que cet habitat fleuri constituait une source alimentaire en insectes pour les oiseaux. Pour l’abeille domestique, les bandes de luzerne non fauchées ont également constitué une source privilégiée de nectar, permettant aux colonies de réaliser des réserves plus importantes que dans un paysage dépourvu de ces bandes fleuries. Le fort intérêt mellifère de la luzerne, qui se traduit directement pour l’apiculteur par des récoltes de miel plus importantes, a clairement été retrouvé en Haute- Normandie en 2010.

La luzerne s’inscrit ainsi clairement dans l’agenda politique et réglementaire du couple agriculture-biodiversité. La pertinence de cette démarche a été reconnue dés 2010 avec l’obtention de la labellisation année nationale de la biodiversité puis par l’adhésion en 2011 à la Stratégie Nationale pour la biodiversité des initiatives menées par le Ministère de l’Ecologie. Ces travaux devraient pouvoir déboucher sur des compensations de pertes de biodiversité efficaces et équitables. En effet, la loi prévoit que toute atteinte à la biodiversité par artificialisation des terres, infrastructures terrestres, bâtiments, etc devrait trouver une compensation par réintroduction d’espèces identiques ou voisines ou aménagements d’espaces favorables à l’expression de la biodiversité. La luzerne participe à ces travaux et affirme son éligibilité à ces mécanismes.